LE FAIRE OU MOURIR – Un récit qui m’a brisée

Auteur: Claire-Lise Marguierle-faire-ou-mourir.jpeg

Éditeurs: Rouergue

Collection: Doado

Date de parution: 11 septembre 2011

Pages: 103 pages

Prix: 9,70€

résumé

Vus de l’extérieur, ils faisaient peur, ceux de la bande à Samy, avec leurs coupes de cheveux étranges, leurs vêtements noirs, leur piercings… Mais le jour où les skateurs s’en sont pris au nouveau du collège, Dam, avec son physique de frite molle, c’est Samy qui s’est interposé et lui a sauvé la mise. Et c’est comme ça qu’ils se sont rencontrés, et que l’histoire a commencé. Samy a essuyé le sang qui coulait de la tempe de Dam, avec sa manche noire. C’était la première fois que quelqu’un le touchait avec autant de douceur…

mon avis

J’ai eu mal en lisant ce livre. Tellement mal. La gorge serrée, le cœur qui battait vite, trop vite, l’estomac retourné. Je me demande si je m’en remettrais un jour, de ce coup de poignard. J’ai eu l’impression de recevoir des millions de milliards de coups de couteaux dans la chair. Ce roman, c’est un vrai morceau de verre; il vous entaille un peu plus à chaque page que vous lisez. Il vous coupe la chair, pénètre dans votre peau, s’imprègne dans vos veines, monte dans votre cerveau. Et là, vous ne pouvez plus rien faire pour l’en empêcher. Ce livre, c’est une arme. Plus puissante que n’importe quel coup de couteau.

Damien est un jeune garçon qui se fait appeler Dam; ça sonne comme un écho: Dam, Dam, Dam. Sensible, frêle, fragile, peu sur de lui, harcelé. Un raté, le perdant à la loterie de la vie. Puis un jour, il rencontre Sammy et sa bande. Marginaux, gothiques, sûrs d’eux, unis. Dam arrive petit à petit à trouver sa place dans cette bande si soudée et si peu commune. Peut être qu’avec eux il ne se sent pas bien par moments, mais au moins il se sent. Il marche à contre courant, il rame, il coule. Puis arrive l’amour. Un amour qui le consume, qui le sauve, qui le rend fou, qui le fait se sentir encore plus paumé, qui lui fout la trouille.

Ce livre, c’est l’histoire d’un garçon paumé, qui contient toute la haine qu’il a en lui. Un véritable récit initiatique, qui brise, qui vide tout ce qu’il y a en vous, puis qui vous fait sentir tellement vulnérable lorsque vous le fermez. Il ne reste rien, outre de la matière noire, du néant. Je ne trouve même pas les mots pour exprimer ce que j’ai ressenti. Je me suis sentie triste, puis révoltée. Révoltée devant tant de cruauté, d’incompréhension. J’avais envie de frapper tous ceux qui voyaient la détresse de ce gars paumé et qui ne faisaient rien. J’ai contenu ma haine – comme Dam – mais je menaçais d’exploser à chaque ligne. Le questionnement incessant de ce jeune adolescent m’a profondément touchée. Il se demande qu’est-ce qu’il fout là, pourquoi il chiale comme un gosse, pourquoi il est si sensible. On assiste à sa chute, son cri de désespoir, sans pouvoir rien faire. Et c’est frustrant, tellement frustrant.

C’est un récit profondément humain, des questions qui tournent sans relâche et qui nous font réfléchir. Et puis si vivant, si horrible et si beau à la fois. La plume de l’auteure a juste réussi à me déchirer le cœur. Une plume si fragile et brutale. Des mots si simples et si durs. Des métaphores, des comparaisons, qui ne faisaient que rajouter une touche de noirceur et d’indicible horreur au roman. Ce livre est empreint d’une brutalité tangible. C’est ahurissant de ressentir autant de choses à la lecture d’un roman. Plus que de simplement lire, vous le vivez, vous le subissez, vous l’encaissez. Dam, c’est vous. Le sang qui coule dans la baignoire à cause de ses coups de couteaux, c’est le votre. Vous ne vivez plus que par le livre, vous ne vivez plus que pour le livre.

Les thèmes abordés (tels que l’homosexualité, l’homophobie, le harcèlement, la scarification, la dépression,…) sont beaux, puissants, complexes, et l’auteure les aborde avec une telle délicatesse et une telle brutalité à la fois. Ça ne pourrait pas sembler plus vrai, plus réel. Les sentiments sont développés avec exactitude, je n’ai jamais senti que quelqu’un avait écrit l’histoire. Ce que je veux dire par là, c’est que j’avais l’impression que Dam racontait son histoire, qu’il existait, qu’il était à mes côtés et qu’il me parlait, tant c’était bien écrit. L’auteure a un talent indéniable, et ce roman a quelque chose en lui qui le rend terriblement puissant. Lorsque je l’ai lue, la fin m’avait quelque peu troublée, puis, après y avoir beaucoup réfléchi, je trouve qu’elle est belle, très belle. C’est une fin à deux faces; une fin qui aurait pu avoir lieu si… et une fin qui a eu lieu car… Et c’est comme dans la vie; le hasard n’existe pas.

en bref.png

Un roman brutal, et pourtant tellement fragile. J’aimerai le faire lire à tout le monde et à n’importe qui; lui qui m’a tant marquée et tant fait mal. Dam est un personnage qui m’a bouleversée, traumatisée. Dam, Dam, Dam. Ça fait comme un écho à son désespoir. Dam.

extraits

Ça me fait un mal incroyable si j’y repense. Des fois j’étais mal à en crever, sans raison, mais j’avais pas envie que ça s’arrête, comment t’expliques ça? Si ça s’arrêtait, c’était le vide, et le vide ça me foutait la trouille pire que tout.

****

Il avait l’air vraiment inquiet pour moi. J’ai eu l’impression d’une brèche dans mes poumons, une toute petite brèche de rien du tout mais qui faisait un mal de chien. J’aurais voulu lui dire que je me sentais comme abîmé. Que j’existai sans vivre vraiment. Que des fois j’étais vide et que des fois je bouillonnais à l’intérieur, que j’étais sous pression, prêt à éclater. Que je ressentais plusieurs choses à la fois, comment dire? Que ça grouillait de pensées dans mon cerveau.

****

Je me sentais bizarre. Vraiment fatigué, mais pas que dans mon corps. Fatigué dans ma tête, épuisé comme si j’étais à bout de tout. Comme si j’avais nagé des heures à contre-courant pour revenir sur la plage sans jamais y arriver. Comme si la rive me rejetait sans cesse au loin. Je ne pouvais pas me concentrer. Ni fixer mes idées.

chansons

  • Azulejos – Fauve (écoutez ici / version live ici)
  • Asleep – The Smiths (écoutez ici)
  • Imagine – John Lennon (écoutez ici)

coup de coeur

 

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18 commentaires sur « LE FAIRE OU MOURIR – Un récit qui m’a brisée »

    1. J’ai vraiment essayé d’exprimer ce que j’ai ressenti en lisant ce livre mais bon sang, c’était pas si facile. J’attends ton avis avec impatience, et j’espère sincèrement qu’il te touchera autant qu’il m’a touchée.

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