SONGE A LA DOUCEUR – Un ouragan de beauté qui balaie les feuilles du nihilisme

 

Auteur: Clémentine Beauvaissonge a la douceur.jpg

Éditeurs: Sarbacane

Collection: Exprim’

Date de parution: 24 août 2016

Pages: 239 pages

Prix: 15,50€

résumé

Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans, à ce moment-là d’une vie, peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

mon avis

Je n’ai jamais rien lu d’aussi beau. Comme ça, c’est dit, vous pouvez dès à présent comprendre que ce livre est un coup de cœur, que j’y pense et y penserai constamment; que j’ai trouvé mon âme sœur et que c’est une évidence. Je sais que la période synodique de la Lune est de 29 jours, 12 heures, 44 minutes et 2,9 secondes, et je sais que ce livre est fait pour moi, et l’a été dès que j’ai posé un œil sur la première ligne de la première page (à savoir : « Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment »). Ce bouquin m’a très sérieusement atteinte, et m’a chamboulée; comment est-ce possible d’écrire aussi bien? Clémentine Beauvais m’a impressionnée; j’étais -et demeure- sidérée.

« Songe à la douceur », c’est un roman délicat et pourtant un peu brusque, qui nous raconte l’histoire d’Eugène et de Tatiana. Deux histoires d’amour se mêlent et s’entremêlent; leur amour d’il y a dix ans, un amour d’enfants, trop instable pour durer ou ne serait-ce qu’exister, et leur amour actuel, un amour de jeunes adultes un peu paumés, ou un peu trop sûrs d’eux. On est tiraillé entre passé et présent, désespoir et espoir. C’est l’histoire d’un amour qui renaît de ses cendres, qui balaie tout et tient tête à tout le monde. On amour qui consume et qui fait vivre. Un amour comme on n’en vit qu’une fois.

Bon, puisqu’il faut  bien commencer par quelque chose, je commence l’éloge de ce bouquin. Sa première particularité est qu’il est totalement écrit en vers libres. C’est beau, le travail est énorme, ça a du sens, et ça rajoute de la douceur, de la beauté et du minimalisme au texte. Je n’ai jamais rien lu de tel, rien vu de tel, rien ressenti de tel. Et la mise en page n’est pas la seule chose de poétique, puisqu’en réalité, dans ce roman, absolument tout est poétique. C’est une véritable ode à l’amour, une longue poésie lyrique pleins de sentiments forts, exacerbés, puissants, intenses. Incommensurables.

Je l’ai dit, je le répète; l’écriture de l’auteure est sublimissime, des émotions en pagaille au superlatif. C’est beau, c’est doux mais pourtant implacable. Ça déchire, puis sa ressoude. Ça vide, puis ça remplit. Ça prend, puis ça donne. Ça fait du mal, mais aussi du bien. Cette écriture c’est une jungle; vous trouvez constamment des anaphores, des hyperboles, des métaphores, des litotes, et entre deux oxymores, vous apercevez une synecdoque, qui s’était cachée derrière un euphémisme. Les mots jouent d’une douce mélodie, la virgule nous arrête dans notre élan pour reprendre notre souffle, l’apostrophe nous laisse désireux de connaître la suite, le point nous déchire le cœur un millième de seconde; puis on continue notre lecture, un sentiment étrange dans le cœur. Ce sentiment, je ne l’ai pas encore identifié; serait-ce de l’amour, de la détresse, de l’admiration, de l’espoir, du désespoir; ou quelque chose de tout autre? Je ne sais pas, mais c’est quelque chose que je n’avais jamais ressenti de manière aussi exacerbée avant, c’est certain.

L’histoire. Une histoire qui peut sembler déjà vue -c’est probablement le cas, notamment dans les grands classiques. Il est vrai que toutes les formes d’amour ont déjà été développées dans la littérature, donc il est normal que l’histoire en elle même ne vous semble pas originale. Enlevez tout de suite cette pensée de votre tête. Cette histoire d’amour est assurément une des plus belles, vraies et réussies que j’ai pu lire jusqu’à présent, surpassant les autres. La plume de Clémentine Beauvais en est très certainement pour quelque chose, mais avouons que l’histoire entre Tatiana et Eugène est merveilleuse. Les retours en arrière nous font comprendre l’évolution des personnages, qui est flagrante. Petit à petit, nos deux protagonistes se repentissent, et changent du tout au tout. Bien que ces deux histoires d’amour entre Tatiana et Eugène soient au centre du roman, il y a une autre histoire qui m’a frappé avec la force d’un éclair dans la poitrine; celle de Lensky, meilleur ami d’Eugène, poète de 17 ans, éperdument amoureux et idéaliste. Le contraste entre Eugène et lui est plus qu’intéressant, ça me déchirait littéralement le cœur.

Puisqu’on n’est jamais assez élogieux, la narration très particulière fait aussi partie d’une des fantaisies de ce roman. On ne sait pas vraiment qui narre l’histoire; un point de vue omniscient ou bien l’auteure, tout simplement? Le « je » est assez abstrait, mais on sait que le « tu », c’est en réalité « nous »; nous qui lisons ce livre. Et puis malgré ça, les pensées sont parfaitement développées, grâce à un mode narratif spécial et une retranscription magnifiquement bien réalisée. Enfin -évidemment, je voulais vous parler de la bande-son du roman (caractéristique de la collection X’ de Sarbacane), qui m’a encore fait découvrir de sublimes chansons. J’ai eu la joie de voir que Nuits Fauves du collectif Fauve en faisait partie. Et je trouve que cette chanson résume ce roman. En particulier cette phrase, si juste: « Promis juré qu’on la vivra notre putain d’belle histoire ». « Songe à la douceur » c’est ça: quelque chose de beau, de très beau, et de très poétique, mais aussi un peu brut, avec une fin qui résume ce que j’ai appris en lisant ce livre: rien n’est jamais certain, il n’y a que des « peut-être », et on peut rien promettre.

en bref

Pour conclure -pour conclure quoi? Je ne me lasserai jamais de vous parler de ce chef d’œuvre, qui mérite un succès incroyable. Intelligent, poétique, sublime; je pourrai vous citer un demi million de qualificatifs parfaits pour ce livre. Un énorme coup de cœur, qui le place directement en deuxième place au panthéon de mes livres favoris.

extraits

Je m’en fous que ça te fasse rire, tu sais,

de nous deux je suis le seul à avoir vu la vérité en face,

je suis le seul à pas m’être fait de carapace,

pas parce que j’étais inconscient,

non, mais parce que j’étais vivant                      à l’époque,

                j’étais vivant,

                j’étais léger, fragile, peut-être,

                                                     mais libre – et ta cuirasse,

                 Eugène, un jour, tu t’affaisseras dedans,

                                                          tu crèveras dedans.

****

Elle l’aime encore,

évidemment,

mais les amours de Tatiana se sont toujours

très  bien  accommodées  d’une  incertitude

fondamentale  sur l’existence de leur objet.

****

On ne peut pas faire l’amour debout quand on est amoureux,

ça va pas ou quoi, la verticalité ne va plus de soi,

quand on est amoureux,

quand quelqu’un est allé nous voler dans notre ventre

le centre de gravité qu’on y gardait.

****

Mais d’un autre côté ça me séduit aussi,

tu vois, j’ai l’impression

qu’enfin, tout l’univers donne raison à mon grand système,

mon grand système philosophique,

qui veut que personne ne nous aime,

qu’un rien nous élimine,

que l’existence est arbitraire et despotique.

chansons

(chansons tirées de la bande son du livre)

  • Nuits Fauves – Fauve (écoutez ici / version live ici)
  • Not Going Anywhere – Keren Ann (écoutez ici)
  • Eugene – Sufjan Stevens (écoutez ici)

coup de coeur

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16 thoughts on “SONGE A LA DOUCEUR – Un ouragan de beauté qui balaie les feuilles du nihilisme

  1. Ta chronique est juste magnifique, tout ce que tu décris me fait penser à ce que j’ai ressenti quand j’ai lu nos étoiles contraires et que je n’ai pas su expliquer. Il n’y a rien de plus bouleversant comme livre.
    Je mets le livre directement dans ma wish-list même si il est fait de vers et que je n’en suis pas fan<3

    Aimé par 2 people

    1. Merci infiniment! Nos étoiles contraires m’avait déçue, mais je comprends totalement qu’on puisse être bouleversé; il est très bien écrit, et l’histoire d’Hazel et d’Augustus est touchante. J’espère sincèrement que ce roman te plaira!

      J'aime

  2. Wahou merci d’avoir partagé ton avis si joliment, c’est une critique puissante qui témoigne d’une lecture puissante, on sent que tu as les genoux qui tremble et le coeur qui hurle. Je commence ma relecture de Songe à la douceur très bientôt pour pouvoir justement le chroniquer à peu près quand il sortira, et j’en suis doute pleine d’un amour moelleux à l’idée de me recroqueviller et m’épanouir à nouveau dans ce roman. C’est, pour moi aussi, une rencontre littéraire unique.
    Merci pour ta superbe chronique, c’est assez touchant de lire un avis dans lequel on se retrouve.

    Aimé par 1 personne

    1. Tout d’abord; merci. Tous tes compliments me touchent énormément, et oui; cette lecture a été très puissante. C’est un livre que je compte relire -beaucoup- car on ne peut pas comprendre l’envergure du roman sans l’avoir lu plusieurs fois, je pense. J’ai vraiment hâte de lire ta chronique, préviens moi quand elle sortira! Merci à toi, pour ton superbe commentaire.

      Aimé par 1 personne

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