L’OUBLI – Jamais les pensées n’avaient fusé à ce point

loubliAuteur: Frederika Amalia Finkelstein

Éditeurs: Folio

Collection: /

Date de parution: 28 août 2014

Pages: 180 pages

Prix: 6,50€

résumé

«Je m’appelle Alma et je n’ai pas connu la guerre. J’ai grandi en écoutant Daft Punk, en buvant du Coca-Cola et en jouant à des jeux vidéo sur la Playstation 2. Un jour, j’ai appris que mon grand-père avait fui la Pologne quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, avant la Shoah. Ce mot m’a longtemps agacée : son côté spectaculaire. Mais vendredi soir, quand je me suis retrouvée face à la petite-fille d’Adolf Eichmann et qu’elle n’arrivait pas à se remémorer le nom du camp d’Auschwitz, j’ai ressenti comme une douleur – elle a duré quelques secondes. Je me suis rappelé l’exergue de Si c’est un homme de Primo Levi : « N’oubliez pas que cela fut, non, ne l’oubliez pas » ; je crois que je veux faire exactement le contraire. Oublier tout.»

  • Je remercie les éditions Gallimard et Babelio pour l’envoi de ce roman !

mon avis

Ce livre m’a impressionnée. Du haut de mes quatorze ans, il m’a captivée, intéressée, fait réfléchir. Je pense que personne ne peut remettre en cause le talent de Frederika Amalia Finkelstein, cette jeune auteure de vingt-trois ans qui a réussi à jouer avec les mots et ses pensées – sans les apprivoiser pour autant.

Ce roman aux allures d’essai philosophique s’est révélé être, à mon sens, une autobiographie. Nous suivons Alma, avatar de l’auteure, qui erre dans Saint-Germain-des-Prés pendant l’une de ses insomnies. Alma écrira au rythme de ses pensées sur la seconde guerre mondiale, Hitler et l’oubli – le devoir de mémoire, durant ce laps de temps. Au cours du roman, on apprendra que son grand-père « n’est pas mort à Auschwitz mais à Buchenwald », pour ensuite découvrir qu’il a échappé de justesse aux camps de concentration. « L’oubli » est un « cri » lancé à l’humanité, qui paradoxalement appelle au devoir de mémoire, qui dénonce par moments une réalité cruelle, qui assène des vérités qui font peur. L’auteure se cache parfois derrière une attitude froide et implacable, mais je n’ai à aucun moment trouvé que cette façade était déplacée ; Frederika Amalia Finkelstein plaçait juste des mots sur un sujet sombre.

Une des originalités de ce livre est sa forme. L’auteure écrit ses réflexions dans un désordre ahurissant ; elle écrit au fil de ses pensées. Cela m’a d’ailleurs rappelé Claude Simon, un des fondateurs de ce genre de récits. Cette forme rend le roman très réaliste ; lorsque l’on pense, rien n’est structuré. En réalité, nos pensées sont emmêlées et entremêlées dans un chaos innommable. Et c’est pour cela que je trouve cette forme très pertinente ; ce n’est pas par facilité que l’auteure a écrit ainsi mais, à mon sens, pour rendre son livre plus réaliste, pour mieux exprimer son malaise d’avoir échappé à l’horreur de la seconde guerre mondiale, de la Shoah, de la mort omniprésente – son malaise de pouvoir jouer à GTA en buvant du Coca comme n’importe quel adolescent alors qu’une sombre époque l’a précédée. Certes c’était par moments dur à suivre, mais pouvons-nous reprocher à l’auteure d’avoir choisi cette forme plutôt qu’une autre ?

Le récit était pertinent, même si j’avoue ne pas avoir entièrement compris certains parallèles utilisés. Les rapports entre Daft Punk, le Pepsi et la seconde guerre mondiale n’était au premier abord pas réellement cohérents, mais ces comparaisons étaient développées durant le livre et cela permettait de comprendre au fur et à mesure la raison de ces parallèles, en découvrant le passé d’Alma. Certaines réflexions étaient subites et tordues, mais je pense qu’a partir du moment où une pensée est écrite, si elle est « vraie » au moment où la personne l’a formulée dans son esprit, on ne peut pas la dénigrer ou la remettre en question, peu importe si elle est justifiée ou argumentée. Alors, malgré certaines pensées étrangers et certains parallèles inattendus, j’ai trouvé le personnage d’Alma tout à fait pertinent.

en bref

Ce livre m’a beaucoup fait réfléchir ; les parallèles entre la seconde guerre mondiale et notre époque était certes inattendu mais n’en restait pas moins pertinent. La forme du récit faisait l’originalité de ce dernier, et j’ai trouvé cela très réaliste. Frederika Amalia Finkelstein est une auteure à suivre – je vous recommande son premier roman qui ne vous laissera pas indifférent.

extraits

Voilà ce que nous avons fait. Nous avons fait des victimes un amas de chiffres, puis nous avons fait des bourreaux un amas de mythes.

****

Les courts-circuits ont lieu, ils ne préviennent pas. Un court-circuit est comme un accident. Il est envisageable, mais pas envisagé.

****

Je ne vais pas m’enfuir, non, je vais m’enfouir dans le déluge de mon ardeur – amour, aimer, illusion, encore, la roue, toujours : battre sa fureur contre le désert du monde !

chansons

  • Tunnel – Fauve (écoutez ici)
  • Des visages, des Figures – Noir Désir (écoutez ici)
  • One More Time – Daft Punk (écoutez ici)

manote4

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4 commentaires sur « L’OUBLI – Jamais les pensées n’avaient fusé à ce point »

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