LA VITESSE SUR LA PEAU – Des mots qui resteront gravés sur mon cœur

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Auteur: Fanny Chiarello

Éditeurs: Rouergue

Collection: doado

Date de parution: 7 septembre 2016

Pages: 171 pages

Prix: 11,50€

résumé

Depuis que sa mère est décédée dans un accident de la circulation, Élina se tait. Son périmètre s’est réduit : elle va du collège au domicile de son père, en passant par le jardin des Plantes. C’est là, sur un banc, qu’elle rencontre Violette, une femme en fauteuil roulant, qui lui rend les mots et lui apprend même à courir.

  • Je remercie les éditions du Rouergue pour cet envoi !

mon avis

Je ressors secouée de ma lecture. Il se dégage de ce livre des émotions si brutes, si tangibles. Ce young adult pourrait se résumer à ce mot : touchant. Doux et brusque, calme et rapide. Plein d’espoir et brisant. Mais beau malgré tout. Et différent ; tellement différent des autres livres. Je l’ai beaucoup aimé. C’est un de ces romans qui m’a totalement prise de court ; tout son contenu me sautait au visage. C’est un récit très vrai, criblé d’humanité, de sentiments à peine refoulés. Grâce à un sujet touchant, une écriture sincère et une héroïne perdue, l’auteure a produit un livre intense ; différent. C’est un récit initiatique : l’évolution d’une adolescente saccagée par la mort, une adolescente qui a connu le pire trop tôt, et qui entraperçoit enfin une lumière dans les ténèbres.

Ça fait un an qu’Élina a perdu sa mère. Un an qu’elle ne parle plus à personne, un an qu’elle végète parmi les plantes. Un an qu’elle est anesthésiée, qu’elle se contente d’exister. Élina se met alors à courir en sens inverse des aiguilles d’une montre, pour remonter dans le passé, rembobiner le temps comme on rembobine une cassette pour retrouver sa mère. Et puis un jour, elle rencontre Violette, une ancienne marathonienne désormais en fauteuil roulant. Élina ne le sait pas encore, mais cette rencontre va la bouleverser à jamais…

Le sujet de ce roman est extrêmement touchant, et cette sensibilité est exacerbée par l’écriture de l’auteure ; et plus particulièrement par les pensées d’Élina. Le vide que lui laisse sa mère la détruit – mais ce n’est jamais dans l’excès. On sent une retenue dans l’écriture. La mort est horrible ; ça vous creuse un trou dans le cœur et de la tristesse coule dans votre sang, mais il ne faut pas s’arrêter de vivre. Et ça, cette auteure l’a compris. Le fait que le livre démarre un an après la mort de la mère d’Élina apporte quelque chose au récit dès les premières pages; les stigmates de l’héroïne sont présentes, cette déchirure l’a fait grandir, et bien qu’elle ne s’en soit toujours pas remis, bien qu’elle n’ait pas accepté la mort de sa mère, elle n’est pas dans un désespoir sans fond. Elle existe, elle est présente sans vraiment l’être : elle ne parle pas et évolue parmi les plantes. Observe le monde. Et durant le roman, elle ne va pas cesser d’évoluer, lentement, progressivement. Car, malgré la finesse du récit, tout se déroule lentement ; cette lenteur fait écho à la mort, à l’engourdissement de l’âme d’Élina. On suit cette dernière, brisée et taciturne. On lit ses pensées ; ce n’est pas douloureux, c’est touchant. Ses pensées sont sincères, vraies – tantôt réfléchies tantôt naïves ; un océan de sentiments et de pensées contradictoires avec pour point commun les fêlures d’une adolescente qui a perdu un de ses repères. L’héroïne fixe ses idées, nage à contre-courant : tente de réintégrer le réel. Et cette évolution de ses pensées est sublime : un véritable roman d’initiation qui frappe en plein cœur.

Le personnage d’Élina est sublime. Le roman étant de son point de vue, on arrive à la comprendre. Elle est très intelligente, a des pensées très pertinentes. Une héroïne très humaine, qui paraît très vraie. Un personnage qui devient une personne. Un personnage qu’on a envie d’aider, qu’on écoute. On voit sa détresse à faire sauter le cœur, on voit ses doutes, mais on la voit aussi grandir et s’ouvrir au monde. Cette évolution est possible grâce au personnage de Violette, vieille femme qui était anciennement marathonienne, mais qui doit désormais s’accommoder à un fauteuil roulant. Ce personnage aussi était beau. Comme Élina, elle était sincère. Graduellement, elle fissure le bouclier que l’adolescente s’est érigé, et ce n’est jamais trop rapide, ou injustifié. Malgré la noirceur du récit, c’est doux. Les deux femmes se reconstruisent sur les ruines de l’autre. Violette donne un souffle de vie à Élina grâce à la musique ; aux vieilles cassettes et à son walkman. L’héroïne oublie ses fêlures en courant, sur les conseils de Violette également et, par procuration, cette dernière possède les jambes qu’elle n’a plu. Les deux personnages qui peuvent sembler aux antipodes sont intimement liées ; leurs passés, leurs présents entrent en collision et se croisent. Leur relation change de celles que l’on peut voir dans le young adult ; une amitié profonde et réparatrice entre deux personnes que tout oppose, une sorte de lien familial.

L’écriture de Fanny Chiarello n’est pas figée ; contemporaine, simple et pourtant philosophique. Ce genre de plumes est rare dans les romans adolescents ; simple, directe et pourtant évasive et jolie. Ce livre ne nous prend pas pour des idiots ; c’est tout l’inverse. Il nous permet de se questionner sur la vie en général ; les choses qui comptent vraiment, les choses qui nous blesse et les rencontres aussi hasardeuses que préméditées qui nous changent. Une belle plume qui m’a fait ressentir beaucoup d’émotions – c’est d’ailleurs le pouvoir des livres : nous faire ressentir des choses. Une écriture que j’aimerai beaucoup retrouver dans d’autres romans, parce qu’elle avait de jolies tournures, amenait à la réflexion, et liait le lecteur aux personnages. Cette écriture s’est clôt sur une fin que je n’attendais pas. Une fin contrastée ; qui était dans la continuité du récit, finalement. Triste et pourtant pleine d’espoir. Le comportement d’Élina m’a impressionnée – sa maturité, sa hargne qu’elle dompte doucement, sa tristesse à qui elle s’accomode peu à peu. La fin résume toute son évolution. J’ai une préférence pour les romans qui se terminent très tragiquement, cette fin ne m’a donc pas complètement satisfaite, mais cela dépend réellement des lecteurs. Elle n’était pas déplaisante pour autant : elle était ce qu’elle était. Le résultat de la rencontre entre Élina et Violette. Le résultat du cheminement d’une personne perdue et qui s’accroche à la vie, son walkman à la main.

en-bref

Une belle histoire, une belle leçon, des personnages authentiques. Une rencontre fondatrice entre deux femmes que tout oppose, un sujet puissant. « La vitesse sur la peau » est un roman que je n’ai pas vu passer sur la blogosphère, et je vous encourage à le découvrir.

extraits

« Ma bibliothèque est la plus grande liberté qu’il me reste, dit Violette. Mon fauteuil ne peut pas m’emmener au bout du monde, mais les livres, les films et les disques, eux, le peuvent. Mes bras sont assez musclés pour le genre de voyage qu’ils proposent, et les obstacles y sont rares. Il n’y a pas de mobilité réduite dans leur univers, tout le monde peut y évoluer à son aise. »

****

« Je suis épuisée, j’avais oublié combien parler requiert d’énergie. La tête me tourne un peu, je crois entendre l’écho de ma propre voix dans ma boîte crânienne.»

****

« Elina, te rencontrer m’a donné l’illusion que je pouvais de nouveau vivre, juste un peu, et uniquement à travers toi. Par procuration, comme on dit. Tu pouvais être mes jambes, mes oreilles, ma jeunesse, tout ce que j’avais perdu d’un coup. »

chansons

  • Tomorrow – Daughter (écoutez ici)
  • 2XGM – Fauve (écoutez ici)
  • She’s Lost control – Joy Division (écoutez ici)

manote5

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4 commentaires sur « LA VITESSE SUR LA PEAU – Des mots qui resteront gravés sur mon cœur »

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