A LA PLACE DU COEUR 2 – La douleur gravée sur mon cœur

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Auteur: Arnaud Cathrine

Éditeurs: Robert Laffont

Collection: R

Date de parution: 23/3/2017

Pages: 306 pages

Prix: 16,50€

résumé

La fin de l’année 2015 arrive à grands pas. Je me suis souvent demandé ces derniers mois : j’ai quoi à la place du cœur ? À la place du cœur, j’ai toi.

  • Je remercie la Collection R pour l’envoi de ce sublime roman.
  • Cette chronique contient des spoilers.

mon avis

Comment commencer la chronique d’un livre qui vous a dévasté ? Pendant quelques heures, j’ai eu le mot amour, le mot espoir, le mot ténèbres gravés sur mon cœur. Pendant quelques heures, j’ai eu la vie à la place du cœur. Une grande dose d’humanité, de réalité. Ce livre est une désillusion brute. C’est comme si on pensait depuis toujours qu’on volait, qu’on ouvrait les yeux un jour, et qu’on s’apercevait qu’on tombait depuis tout ce temps. Et puis vient la chute. Une chute cisaillée en deux ; une fin pleine d’espoir et pourtant traînant des touches de noirceur derrière elle.

Dans cette deuxième saison d’A la place du cœur, on retrouve Caumes, qui n’est plus le même depuis la mort d’Hakim. Il se morfond, ne parle plus – y compris à Ester, se perd dans les coups d’un soir. Il doit réapprendre à vivre avec un mort – la mort – à la place du cœur. Comme son prédécesseur, ce second tome ne raconte pas que la vie d’un adolescent. Il dépeint la société, l’humanité, ce à quoi la France doit faire face – les attentats, le racisme. Plus que d’être le récit d’une vie, c’est le récit d’un pays.

Le fond de l’histoire est notre société actuelle – le mot « contemporain » prend alors tout son sens. J’aime beaucoup ce livre pour ça ; c’est actuel, ça fait réfléchir, et ça intéresse. Ce n’est pas un roman historique, et pourtant ça questionne le lecteur sur les enjeux actuels de la société, même si cela ne reste que le fond de l’intrigue. On a l’impression de revivre les attentats ; revivre la peur, la douleur, le questionnement incessant. Revivre les sombres moments qu’a traversés la France – qu’on a traversés. Revivre ces moments, mais en connaissant déjà la fin – en connaissant avant que ça se termine les ravages qu’engendreront les attentats. On assiste, impuissant, au carnage ; les personnages ressentent exactement ce qu’on a tous ressenti à ce moment-là. Ils se posent toutes les questions qu’on s’est posées, et ça permet de nous immerger entièrement. Mais la majeure partie du récit concerne les personnages principaux ; des adolescents qui grandissent dans une société instable. On suit ici leurs vies ; leurs désillusions, leurs peurs, leurs convictions, et leurs douleurs. Un sujet sans prétention, simplement sincère, vrai. « A la place du cœur » est donc un de ces trop rares young adult qui poussent le lecteur à réfléchir, qui parle de sujets récents et qui est en plus de ça, magnifiquement bien écrit.

Une des premières choses qui m’a plu dans ce livre est l’écriture d’Arnaud Cathrine. Dans le premier tome déjà, j’avais eu un coup de cœur pour son écriture, mais ça s’est renforcé dans ce second tome. Elle s’est adoucie, a pris des allures poétiques, sans se défaire de sa brutalité, ce qui donne un aspect contrasté. C’est une écriture très contemporaine, qui est relative au sujet et aux personnages ; elle varie. Elle devient philosophique et métaphorique dans les moments sombres, et redevient parfois brute et familière. Cette familiarité, ce langage « grossier », a déplut à beaucoup de personnes. Au contraire, j’ai aimé ce langage car je m’y retrouvais. Arnaud Cathrine était en accord avec son époque, avec sa génération. Il était dans la peau de ses personnages ; la douleur de Caumes était la sienne, l’incompréhension de ses personnages faisait partie de lui. Cette écriture incisive laissait voir qu’il voulait dénoncer cette époque, et, d’une certaine manière, lui rendre hommage.  Cette écriture était donc totalement justifiée et extrêmement bien choisie. C’est un roman young adult qui permet une énorme prise de conscience pour le lecteur, et cela passe donc d’abord par l’identification de ce dernier aux personnages.

Le roman débute du point de vue de Niels, le cousin de Caumes. C’était une très belle entrée. On le découvrait pour la première fois dans ce second tome, et je n’ai eu aucun mal à m’attacher à lui. Il permet une première approche légère et drôle de l’histoire. Il s’inquiète pour Caumes, qu’il voit subitement changer. Suit ensuite le point de vue d’Ester, qui a été mon préféré. Je me suis retrouvée dans chacune de ses questions. Comment l’auteur peut-il aussi bien dépeindre les pensées d’une adolescente de dix-sept ans ? Comment peut-il aussi bien décrire les sentiments qui résultent de la rupture progressive entre elle et Caumes, sans mélodrame, avec justesse ? A aucun moment ça ne m’a semblé niais, enfantin ou exagéré. Enfin, le point de vue de Caumes était très touchant. Il a énormément changé depuis la mort d’Hakim ; il s’enferme dans le souvenir de son meilleur ami, il attend, est présent sans réellement l’être. Tous ses sentiments sonnent juste. Il évolue réellement à force d’amitiés, d’amour, de courage. Trois personnages donc à qui on s’identifie aisément, qui se gravent dans notre cœur et qui se tiennent à nos côtés durant trois cents pages.

en bref

Un récit humain, qui dénonce, qui rend hommage. Une écriture touchante, brute, rehaussée de beaucoup de poésie. Des personnages humains, une description réaliste de la société. Un livre à lire absolument.

extraits

« Caumes attend un mort, Caumes attend son mort ou plutôt le retient. Je ne dis pas que les disparus ont une date de péremption mais quand même : je suis sûr qu’on a le pouvoir de retenir les morts si on n’y prend pas garde. On croit honorer leur mémoire et, en réalité, on les enferme en nous-mêmes, on s’enferme avec eux. »

__

« Promets-moi : tu ne m’en veux pas. Je ne te trahirai jamais. Personne ne te remplacera. Tu es en moi. Et tu prends suffisamment de place comme ça. Tu dois en laisser un peu pour les autres. J’ai vidé et déménagé ma vie pour toi. Ce n’est plus possible, tu comprends ? L’éternité de ta mort ne peut pas me condamner à ce manège interminable. Je dois me repeupler. Te lâcher aussi, d’une certaine manière. Lâcher : c’est une expression. Lâcher la part de toi qui m’étrangle, me paralyse, m’immobilise. Je garderai le meilleur de toi. Et de nous. Je me suis souvent demandé ces derniers mois : j’ai quoi à la place du cœur ? A la place du cœur, j’ai toi. Qui a tout pris. Pardon : ta mort a tout pris. Alors, non. Promets moi : tu ne m’en veux pas. Je vais revenir à la vie. »

__

« Je t’aime, est-ce que ça te regarde ? »

__

« Les jours passent et je n’ose bientôt plus l’enlacer, ni le caresser ou l’embrasser. J’ai l’impression de l’emmerder. Quelque chose est en train de mourir, quelque chose que je finis par nommer : notre amour. »

chansons

  • Re-Offender – Travis (écoutez ici)
  • Les Enfants Paradis – Saez (écoutez ici)
  • Blouson Noir – Aaron (écoutez ici)

coup de coeur

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7 commentaires sur « A LA PLACE DU COEUR 2 – La douleur gravée sur mon cœur »

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